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Moderniser les silos français coûtera 4,3 milliards d’euros

4,3 milliards d’euros sont nécessaires pour moderniser les silos français de stockage des grains.

Évalués dans une étude présentée le 25 février 2026 au Salon de l’agriculture, les investissements nécessaires pour moderniser le parc français de silos pour le stockage de grains pèseront fortement sur les charges de collecte des organismes de stockeurs. Pour La Coopération Agricole métiers du grain comme NégoA, ces investissements sont indispensables pour rester compétitif.

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Moderniser le parc de stockage de grains français coûtera 4,3 milliards d’euros à l’horizon de 2040, estime le cabinet Ceresco dans une étude du projet « Infrastructures 2030 » (1), présentée le 25 février 2026 au Salon de l’agriculture. « Nos infrastructures sont vieillissantes, ce qui présente un risque majeur pour la souveraineté alimentaire », a rappelé Catherine Matt, directrice de La Coopération Agricole métiers du grain, appelant à un « choc d’investissement ».

Les travaux ont notamment permis de dresser un état des lieux des silos français. En quelques chiffres : en France, la collecte des organismes stockeurs s’établit entre 50 et 65 millions de tonnes (Mt) selon les années, et la capacité de stockage annuelle est de 44 millions de tonnes (taux de rotation de 1,2 à 1,5).

« 40 % des capacités ont plus de 50 ans, et seules 15 % ont moins de 25 ans », décrit Romain Joya, du cabinet Ceresco. La durée de vie d’un silo s’étend de 30 à 80 ans selon sa nature (béton, métallique, à plat…), l’enjeu de renouvellement est donc « fort », estime-t-il.

Réduction des capacités de stockage de 20 %

La reconfiguration du parc doit permettre de gagner en compétitivité. Un enjeu de taille pour la production française de grains, tournée vers le marché international. « Les infrastructures ont des coûts d’exécution de 30 à 70 €/t, pour un produit vendu 200 €/t », rapporte Bertrand Oudin, du cabinet Ceresco. Les silos de demain devront par ailleurs s’adapter aux évolutions de la collecte, qui a tendance à diminuer en France.

Le plan table ainsi sur une réduction de 20 % des capacités de stockage d’ici à 2040 (passant de 44 à 35 millions de tonnes), modulée selon les zones : certaines produisent moins, tandis que d’autres produisent davantage. C’est le cas notamment dans les régions de décapitalisation des cheptels, où les prairies et l’ensilage sont convertis en grandes cultures.

« Pas question de rationaliser dans ces régions-là », appuie Romain Joya. L’enveloppe du plan englobe également le démantèlement des silos qui ne seront plus utilisés : 13,5 millions de tonnes sur 15 ans sont concernées, soit 31 % du parc.

Bertrand Oudin (à gauche) et Romain Joya, du cabinet Ceresco, ont présenté l'étude de modernisation des silos français aux côtés d'Antoine Pissier, président de NégoA, et de Catherine Matt, directrice de La Coopération Agricole métiers du grain, le 25 février 2026 au Salon de l'agriculture. (©  Justine Papin/GFA)

Créer de la valeur par des infrastructures adaptées

Les investissements sont ciblés dans l’objectif de réduire les coûts, en priorisant la mise à niveau des capacités existantes : une rénovation complète est prévue pour 10 % du parc (4,4 millions de tonnes) et des travaux plus « légers » pour 15 % (6,5 millions de tonnes).

Les nouvelles constructions (11 % du parc, soit 4,8 millions de tonnes) favoriseront les extensions de capacités sur des sites déjà existants. Elles représentent la moitié du coût global du plan mais restent nécessaires. « On ne peut pas se passer de création pour des enjeux stratégiques et agroécologiques », insiste Romain Joya.

Les infrastructures devront par ailleurs permettre de créer de la valeur. Pour cela, le plan prévoit d’investir dans des équipements de pointe pour plus d’agilité d’allotement, et dans des capacités de ségrégation de lots. « L’objectif est de se positionner sur des marchés de valeur, avec de plus petits volumes (agriculture biologique par exemple) et des cahiers des charges plus exigeants », abonde Romain Joya.

20 % des nouvelles capacités (1 million de tonnes) seront ainsi affectées à la diversification et à la gestion de marchés en filières. « Ces infrastructures seront beaucoup plus chères que pour les commodités », prévient-il. Par ailleurs, 50 % du parc de séchoirs à grains sera à renouveler en 15 ans, estime le cabinet Ceresco.

Fort impact sur les coûts de collecte

Ces 4,3 milliards d’euros auront des répercussions sur les charges d’amortissement des organismes stockeurs. « Le coût actuel de la collecte est en moyenne de 17 €/t du champ jusqu’au départ de l’organisme stockeur (variable de 10 à 40 €/t selon l’organisme) », calcule Romain Joya.

Répercuté sur l’ensemble des tonnes de grains collectées en France, le plan augmente ces charges de 4 €/t. Appliqué seulement aux tonnes concernées par les investissements, il les augmente de plus de 8 €/t, « ce qui est très significatif », commente Romain Joya.

Reste à déterminer le financement de ce plan qui reste « indispensable pour la compétitivité » de la filière, considère Antoine Pissier, président de NégoA. Ce dernier évoque des dispositifs nationaux ou européens à solliciter.

« Nous avons aussi besoin de soutiens administratifs et réglementaires de la part de l’État : accès au foncier, délais réduits de permis de construire, dynamique de suramortissement pour favoriser et encourager les entreprises dans ces développements », ajoute-t-il.

(1) Porté par NégoA, La Coopération Agricole métiers du grain, FranceAgriMer, Arvalis, Intercéréales, Terres Inovia, Terres Univia, Unigrains, Sofiprotéol, les ministères de l’Agriculture, de la Transition écologique et de l’Économie et des Finances.

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